Les guerres qui nous guettent...

décembre 2015

La guerre, comme toute activité humaine, naît dans l’esprit avant de se concrétiser à nos sens. Comme un pinceau n’engendre pas un tableau de maître, un fusil ne fait pas la guerre. Pour l’une comme pour l’autre, il faut que nous en décidions. Que notre cerveau se motive, que notre volonté s’y ajoutant, nous entrions dans le processus conduisant à la réalisation d’une oeuvre picturale ou au développement d’un conflit armé.

La guerre, cependant, a la particularité de ne pouvoir se faire qu’à deux, qu’il s’agisse d’États ou de groupes humains. On peut être plus, mais jamais moins.

D’abord l’on voit les prémices de l’animosité monter en puissance : des mots acerbes, on ne sait trop pourquoi ; ou bien une dispute qui se déclenche pour la main mise sur un bien ou un territoire. Une rencontre des chefs des deux bords, une franche discussion pourraient encore calmer les esprits. Mais les uns comme les autres laissent faire, ravis au fond de voir leurs concitoyens ou leurs partisans s’enflammer pour la cause du pays ou celle du groupe. Les leaders se sentent plus importants quand ceux du dessous se rassemblent derrière eux.

La tension va alors croissante. On se renvoie les insultes par-dessus la frontière comme des joueurs s’échangeant des balles. De plus en plus vite. Au début on rit. Puis l’on blesse. Enfin on veut tuer. Alors, quand explose la guerre, les plus calmes et les plus sensés des bourgeois deviennent des barbares assoiffés de sang. Paradoxe, ce sont alors les soldats de métier les plus froids et les moins cruels.

Il est pourtant des guerres que l’on se voit imposées. Quand une horde en quête d’espace vital ou de butin se rue sur vos proches et vos domaines. Ou lorsqu’une faction religieuse part à l’assaut pour soumettre vos alliés, un jour votre propre pays. Ils peuvent être faibles au départ, ils se renforceront de vos hésitations. Pire, certaines de leurs attaques verbales seront justifiées, quand ils dénonceront vos propres injustices.

C’est là qu’il faut être fort, pour résister à la tentation de la lâcheté, à celle plus insidieuse encore de la culpabilité. Fort, oui, mais juste aussi. Pour avoir le droit de son côté, pour ameuter à nous ceux qui pourraient se laisser séduire par la propagande de l’adversaire.

Aujourd’hui, nous en sommes-là. Daech n’est qu’un groupe. Peut-être, avec ses sympathisants, au maximum cent mille hommes et femmes à travers le monde. Pour ne parler que de nos pays, les armées et les forces de l’ordre de l’Occident réunies sont cent fois plus nombreuses.

Pour perdre cette guerre, il faudrait commettre beaucoup d’erreurs.

Derrière elle, cependant, une autre se profile, avec ses défis envoyés d’un bord à l’autre par des pays cherchant à étendre leur influence. Sont en lice l’Iran et certains pays arabes, la Russie et les États-Unis, la Turquie même. Et là, nous serions bien avisés de ne pas entrer dans l’escalade de la psychologie d’affrontement mais au contraire de nous poser en conciliateurs.

Pour notre bien et celui de l’humanité toute entière.

 QUE FAIRE ?
De la confusion mentale

L’apprentissage de notre langue semble devenu si difficile que de haut en bas de la hiérarchie sociale on a renoncé à parler dans un français correct.

Le renoncement, de ce qui est pourtant un marqueur de notre nation, fait que nous ne connaissons plus le sens des mots. Résultat, chacun les comprend à sa manière et l’on peut à tout moment vous faire procès pour vos propos, quand vous n’avez dit que la vérité. Nous tombons en confusion mentale, état qui suit sans doute la confusion des langues pour les nouveaux babéliens que nous sommes.

Le plus grave se voit dans la guerre contre le terrorisme quand, propagande, contre propagande ou recherche de la vérité, nous nous battons au niveau des mots.

Par exemple, nous disons « islamiste ». La plupart entendent « terroriste ». Les musulmans croient le terme signifier musulman et se sentent insulter chaque fois que nous le prononçons. En fait, il désigne ceux qui, parmi les musulmans, veulent la loi islamique appliquée, le plus souvent en Orient. Chose intolérable chez nous, cela les regarde où ils sont la majorité.

Mais l’on évalue mal ce que ce substantif, utilisé à tort par les uns comme par les autres, peut faire de dégâts. Car, à la fin, les tenants d’une guerre de civilisations semblent avoir raison, quand par maladresse nous risquons de dresser tous les musulmans contre nous. C’est alors étendre un conflit et le rendre plus difficile à gagner.

Pour vaincre les terroristes, il faut d’abord gagner la guerre des mots.

Centre de Recherches sur le terrorisme depuis le 11 septembre 2001
 www.recherches-sur-le-terrorisme.com

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