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Pour comprendre le phénomène, il faut dabord le définir pour en circonscrire les limites.
Lidée de "terreur," incluse dans le terme terrorisme, a souvent suscité une mauvaise compréhension du phénomène. Réduisant alors le "terrorisme" à la volonté de provoquer la peur dun ennemi pour le faire céder, on en vient vite à classer toutes les guerres dans la catégorie terroriste.
èUne tactique du faible au fort. èPar essence liée à un mouvement non étatique (Même si des États peuvent instrumentaliser des mouvements terroristes). Dans cet esprit, nous excluons les crimes de guerre commis par des armées, du champ terroriste. èUn procédé militaire dont lobjectif est de toucher ladversaire sur un point faible pour, par le chantage, obtenir de lui ce que lon veut. Voilà pourquoi, dans les démocraties, les terroristes sen prennent aux populations civiles, capables de peser sur le pouvoir (comme nous lavons vu le 11 mars en Espagne). Voilà encore pourquoi, dans les pays du Tiers-Monde non démocratiques, ils attaquent les civils étrangers dont la présence est vitale pour le pays (Par exemple dans les années 90 contre les touristes en Égypte. Au Pakistan le 8 mai 2002 contre les techniciens français construisant un sous-marin à Karachi. En Arabie Saoudite, contre des expatriés, indispensables à léconomie du pays). |
Linacceptable, dans le terrorisme, ce sont ses cibles,
les populations civiles.
Ayant pris nos distances de laspect émotionnel, ceci nous amène à condamner le terrorisme non en raison de ses motivations, mais de ses méthodes. Réduit au rang de tactique, il nest plus quun moyen parmi dautres. Comme dans la guerre conventionnelle, nous sommes sensés nous interdire lutilisation de certaines armes (gaz de combat, produits bactériologiques), dans la guérilla, le terrorisme, tel que défini, doit être condamné, quelle que soit la légitimité des causes défendues.
Il faut cependant insister sur un point. Souvent, la résistance armée à un occupant est qualifiée de terroriste par ce dernier. Cas de la résistance française pendant la guerre. Nous répondons, un mouvement de guérilla, à notre sens, nest terroriste, que sil prend pour cible des civils. La Résistance française nétait pas terroriste. Par contre, le FLN, en Algérie, était terroriste quand il posait des bombes, il ne létait pas quand il attaquait des militaires français armés. En Irak, il ny a pas action terroriste quand la cible américaine est militaire.
Il existera des cas dans lesquels il sera difficile de trancher, mais globalement, voilà notre position.
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Réponse du faible au fort, le terrorisme est par principe clandestin pour éviter les coups. Quand il est lié à un État, il se fragilise car lÉtat, pour esquiver la punition venant de létranger, est amené à exercer des pressions sur les terroristes, voire à démanteler leurs organisations.
Réduit à la clandestinité la plus totale, sans lappui logistique dun État, le terrorisme est paradoxalement plus fort, parce que moins vulnérable. Voilà pourquoi Al Qaïda est aujourdhui plus difficile à circonscrire: parce quelle nest plus structurellement lié à lÉtat taliban.
En clandestinité totale, les organisations terroristes parasitent la société dans laquelle ils vivent se fondant en son sein. Cette réalité génère au moins deux conséquences.
èDune part, les terroristes sont difficiles à détecter puisque, tel le caméléon, ils prennent lapparence de lenvironnement (ceci est particulièrement évident dans le cadre des opérations attribuées à Al Qaïda).
èDautre part, ils nont pas besoin de transférer des armes et des moyens puisquils utilisent les ressources de la société dans laquelle ils sont immergés. Pour cela, il détournent les objets et produits de leur usage et les transforment en armes (comme les auteurs du 11 septembre lont fait avec les avions.)
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Aujourdhui, on peut ranger les courants terroristes en quatre tendances principales: les marxistes, les nationalistes (souvent à tendance séparatiste), les revendicateurs politiques et les religieux.
èLes organisations terroristes marxistes sont souvent couplées à des mouvements de guérilla. Elles sont à la fois résiduelles, lidéologie communiste ayant fait faillite, et localisées dans des frontières nationales, voire régionales. Souvent aussi, elles fonctionnent sur une base mafieuse liée, par exemple à la drogue, comme en Amérique latine.
Il faut ranger dans cette catégorie les FARC, auteurs de lenlèvement dIngrid Bettencourt, en Colombie, ou le PKP (communiste) aux Philippines.
èLes nationalistes combattent au nom dune identité ethnique ou territoriale liée à une population contre un adversaire déclaré occupant. Certains ont eu recours au terrorisme, comme les Albanais du Kosovo, les Cachemiris contre les Indiens ou les Tigres Tamouls au Sri Lanka.
Parfois, les nationalistes terroristes sont partiellement ou totalement absorbés par un courant idéologique politique (cas de lETA, sous influence marxiste en Espagne) ou religieux (cas des Tchétchènes musulmans face aux Russes).
èLes "revendicateurs" politiques sont des opposants à lordre établi dans un pays où, à tort ou à raison, ils estiment impossible de faire valoir leurs idées autrement que par la violence. Des cas de ce genre existent aux États-Unis, comme on la vu à Oklahoma City le 19 avril 1995 (168 morts).
Toutes les démocraties sont exposées à de tels développements en raison de la distance de plus en plus grande entre le pouvoir et lopinion publique. Des groupes marginalisés, estimant impossible de faire remonter leurs revendications par la voie politique normale, peuvent devenir des agents de ce type de terrorisme. Laffaire dite AZF, qui a éclaté en France dans le courant de mars 2004, pourrait relever de ce type daction, même si lopération est restée pour le moment symbolique. Voilà pourquoi, les responsables de la démocratie devraient, au lieu de marginaliser une partie de lélectorat, rendre le système le plus participatif possible.
èLes religieux obéissent en général à une interprétation intégriste de leur religion, dans laquelle ils trouvent une justification au recours aux armes.
Il existe des cas marginaux de cette instrumentalisation de la religion chrétienne. On connaît le Mouvement du Saint Esprit, sévissant en Ouganda.
Le judaïsme lui-même, dans une version politisée, a eu recours au terrorisme pour chasser les Britanniques de Palestine (par exemple le 17 septembre 1948,en assassinant le comte Folke Bernadotte). Il faut dire un mot du terrorisme dinspiration hindouiste, sévissant en Inde, particulièrement actif contre les minorités chrétiennes et musulmanes.
La palme, en la matière,revient cependant aux extrémistes musulmans.
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Il existe à cela une raison pertinente: dans le Coran, pour les musulmans la parole de Dieu révélée à Mahomet, on compte une quarantaine de versets justifiant la guerre contre les "infidèles," fût-ce sous prétexte de défense. Quelques exemples:
è"Combattez pour la
cause de Dieu ceux qui vous combattent..." (sourate
II, verset 190) (Daprès la traduction du cheikh Si Boubakeur Hamza, ancien recteur de la mosquée de Paris et père de Dalil Boubakeur, l'actuel recteur). |
Oussama Ben Laden, sil est toujours vivant, ninvente pas les versets guerriers du Coran.
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Les chefs des réseaux terroristes peuvent chercher par la violence à satisfaire des ambitions politiques. Seuls, ils représentent un danger tolérable.
Les hommes qui les suivent répondent par contre à des pulsions liées à des frustrations dordre identitaire ou liées au sentiment dinjustice. Dans le cas du terrorisme islamique, la religion, après la faillite du marxisme, est le dernier exutoire des populations musulmanes. Elle sert souvent de prétexte inconscient et le Coran, avec son message de violence sacrée, répond alors à lattente du rebelle.
Contrairement aux Américains, nous croyons la motivation économique peu importante. Pour preuve, les gens des premiers cercles dAl Qaïda ont tous suivi des études supérieures, y compris parmi les "suicidés" du 11 septembre. Ils viennent souvent de familles aisées. Pour cette raison, contrairement aux Américains encore, nous ne croyons pas à la disparition du terrorisme islamique grâce au développement économique.
Il faut, pensons-nous, agir sur les raisons poussant des musulmans à rejoindre la mouvance terroriste.
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Il faut dabord sattaquer aux causes religieuses, au Coran qui sert de justificateur. Il faut obtenir, pour rester dans lesprit de lislam, la "suspension" des versets inacceptables dans un monde ouvert. Pour y parvenir, il existe en islam "lijtihad," ou effort dinterprétation, et les précédents historiques allant dans ce sens.
Ce processus est difficile à imposer, mais possible. Il suppose dobtenir un accord consensuel de tous les pays musulmans et des membres des castes religieuses. Nous le pouvons par une politique cohérente, de pressions amicales, diplomatiques et économiques. Nul besoin de défis publics. Ce processus a dautant plus de chance de réussir quil se met en place dans la discrétion. Nous bénéficions de circonstances favorables, le camp occidental dominant désormais, face à une URSS effondrée, et les pays musulmans étant eux-mêmes désormais victimes du terrorisme (Arabie Saoudite, Ouzbékistan, Iran etc...)
On obtiendra rien, cependant, en pratiquant linjustice en matière de gestion internationale. Ce que les musulmans appellent le "double standard." Lattaque de lIrak sans laccord des Nations-Unies et le comportement autoritaire des États-Unis en est un exemple. Le traitement du problème israélo-palestinien, toujours en faveur des Israéliens et au mépris des Palestiniens en est un autre.
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