Ce qu’en pensait Maurice Allais |
octobre 2011
Décédé le 9 octobre 2010
à l’âge de 99 ans, Maurice Allais est le seul
Français à avoir reçu le Prix Nobel d’économie.
Antimondialiste, il était favorable à une certaine
dose de protectionnisme pour protéger nos économies.
Dans une lettre ouverte adressée à Jacques Myard,
député UMP des Yvelines, en 2005, il avait fait
état de sa vision d’une Europe idéale. À
un moment où l’on voudrait croire qu’il n’existe
que deux voies, abandonner l’idée européenne
ou souscrire à celle que l’on nous impose de vive
force, sa proposition mérite la réflexion. Cette Confédération doit reposer sur une Charte Confédérale, précisant limitativement les droits transférés à l’Autorité Confédérale et les modalités générales d’exercice de ces droits, l’application de cette Charte devant être entendue dans son sens le plus restrictif (...) La question la plus importante, la plus urgente aujourd’hui, c’est effectivement de définir le cadre institutionnel dans lequel les droits démocratiques fondamentaux des États membres seraient préservés, dans le même temps que l’action de la Confédération, pour poursuivre en commun les objectifs communs des États membres, serait rendue plus efficace. La Construction européenne ne pourra pas progresser tant qu’il ne sera pas remédié au profond déficit démocratique qui se constate aujourd’hui. Un principe général doit ici guider notre action : c’est ce que j’appellerai le Principe confédéral. D’après ce principe, il ne faut déléguer à une Autorité politique confédérale que les seuls pouvoirs nécessaires pour l’exercice en commun des seuls objectifs communs des États membres de la Confédération européenne, et reconnus comme tels par tous ces États, sans exception. Pour éviter tout déficit démocratique, quel devrait être le cadre institutionnel de la Confédération européenne (...) ? Tout d’abord un Sénat européen, dont les membres seraient élus par les Parlements nationaux, devrait rendre possible une préservation efficace des intérêts nationaux fondamentaux des nations européennes, dans le cadre d’un plein respect de la Charte confédérale. Ce Sénat devrait constituer avec la Chambre européenne de Strasbourg le Parlement confédéral (...) La Confédération européenne serait présidée par un Président élu pour cinq ans par le Parlement confédéral. Son mandat ne serait pas renouvelable (...) Comme en Suisse, le principe d’un référendum d’initiative populaire serait expressément prévu (...) Jusqu’ici deux erreurs essentielles ont été commises dans la Construction européenne.
De là a résulté une dérive technocratique, dirigiste, centralisatrice, unitaire et jacobine de l’Union Européenne. Non seulement cette dérive a entraîné partout des effets pervers, mais par ses excès mêmes elle a suscité de très fortes oppositions, à vrai dire justifiées, à la Construction européenne. En fait, la démonstration a été donnée à l’Est que toute centralisation excessive dans un ensemble hétérogène, loin de parvenir à unifier, développe des forces centrifuges déstabilisatrices. La démonstration a été donnée que le dirigisme centralisateur mène inévitablement à l’échec (...) L’objectif essentiel de l’Organisation confédérale européenne ne doit pas être de tout unifier, de tout centraliser, mais au contraire de préserver toutes les diversités, dans la mesure où leur exercice ne s’oppose pas à la réalisation efficace, et en commun, des objectifs communs et reconnus comme tels par tous les pays membres de la Confédération européenne... » |
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