ESPAGNE : QUAND LES JUIFS AIDAIENT LES MUSULMANS |
Plusieurs ouvrages
ont essayé d’expliquer l’invasion de l’Espagne
par les Arabes en 711. Certains prétendent qu’ils
n’ont pas pris le pays par la force mais que les chrétiens,
plus exactement les ariens (1), se sont convertis à l’islam.
Relatant ces événements, un ouvrage sérieux
(2) révèle un complot ourdi par ses vassaux contre
le dernier roi wisigoth, Rodrigue, qui firent appel à
des tribus arabes et berbères d’Afrique du Nord.
Ce complot serait la conséquence de la politique discriminatoire
pratiquée par les Wisigoths, occupants de l’Espagne,
contre les populations romanisées et les nombreux juifs
de la péninsule. Résultat, les musulmans auraient
été reçus en libérateurs et les juifs
les auraient aidés. Néanmoins, cette thèse, minimise considérablement le rôle des juifs. Dans «Deux mille ans de complot contre l’Eglise » (3), ouvrage écrit par un collectif de théologiens dirigés par le Père Saenz y Arriaga, un exposé très documenté est fait de ces événements |
Dès l’époque romaine, lit-on, les juifs étaient nombreux et influents en Espagne. Au Vème siècle, après l’invasion wisigothe, leur situation s’améliora d’abord du fait de la préférence que les envahisseurs affichaient à leur endroit. Néanmoins, après la conversion de ces derniers du catholicisme à l’arianisme, la position des juifs devint précaire. Dès 589, le roi Ricarede leur appliqua la législation ecclésiastique. Puis, en 616, Sisebut (612-620) promulgua un édit ordonnant leur baptême sous peine d’expulsion. 90 000 d’entre eux furent déclarés convertis. Sous le roi Swintila, les juifs profitèrent du relâchement du pouvoir pour retourner à leur foi. Mais le roi suivant, Sisenand, avec l’appui de St Isidore de Séville, remit en place une législation sévère à l’occasion du IVème concile de Tolède. La tendance des juifs à retourner à la religion de leurs ancêtres et l’insistance du pouvoir à les en empêcher finirent par constituer un problème grave pour le pays. Les juifs, en outre, se livrèrent à des complots, afin d’affaiblir l’autorité en favorisant la discorde au sein de la noblesse. Résultat, pendant plusieurs
années, on assista, à leur égard, à
une alternance de tolérance et de répression au
gré de la volonté des rois qui se succédaient
sur le trône. Informé de leur projet, le roi convoqua le XVIIème concile de Tolède, qui ordonna la confiscation de leurs biens. Cependant, succédant à Egica, son fils Witiza (702-710) se réconcilia avec les juifs et, les écoutant, désarma son pays et détruisit les forteresses. Mais, en 710, un juif du nom d’Eudon prit la tête d’une nouvelle conspiration. Il s’empara de Witiza et confia la couronne à Rodrigue, qui nomma Eudon ministre pour le remercier. Ses conseillers, Eudon le premier, poussèrent Rodrigue à envoyer ses troupes vers le nord pour conquérir la Gascogne. Il les écouta, laissant son royaume sans défense. Don Julien, un comte félon, fit alors passer en Espagne le Berbère Tarik à la tête de plusieurs milliers de cavaliers musulmans. Le roi Rodrigue, alerté, dépêcha une armée forte de 100 000 hommes. Néanmoins, contestant la légitimité du roi, plusieurs chefs trahirent et se rallièrent aux musulmans. Aussi, sur le Guadalete, fin juin 711, les troupes chrétiennes furent taillées en pièces. Puis les juifs ouvrirent les portes des villes à Tarik et fournirent des hommes pour tenir garnison aux côtés des Maures. Tarik poursuivit sa course vers le nord, avec le soutien des juifs. A Tolède, ce sont eux qui prirent la ville et massacrèrent les chrétiens par milliers. L’invasion arabe fut l’âge d’or des juifs d’Espagne, principalement sous le califat de Cordoue (912 à 1031). Les communautés juives d’Espagne dépassèrent alors en nombre, en niveau de culture et en richesses celles de tous des pays du reste de l’Europe. Mais les invasions islamistes,
almoravide puis almohade, avec leur rigorisme religieux, allaient
mettre un terme à cette époque. Le judaïsme
étant alors mis sur le même pied que le christianisme,
les juifs apportèrent leur aide à la «Reconquista» chrétienne
de l’Espagne. d’après le texte de P. Dequènes (1) A ne pas confondre avec le terme Aryen.
Apparu au IVème siècle, l’arianisme était
une branche du christianisme. |
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