19 août 2006
Le 12 août, Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies a annoncé l'acceptation d'un cessez-le-feu entre les belligérants libanais et israéliens et leur approbation de la résolution 1701 du Conseil de sécurité. L'application du cessez-le-feu est fixée au 14 au matin. Bilan d'une guerre et des leçons à en tirer. |
Israël n'a pas brillé dans cette affaire. Sur le plan militaire, en l'espace d'un mois, l'État hébreu n'est pas parvenu à vaincre une guérilla de quelques milliers d'hommes. De plus, son armée a fait montre de désorganisation. Sur le plan humain, le bilan apparaît plus lourd encore. Le 3 août, " Human Rights Watch, " organisme de défense des Droits de l'Homme écrivait : " Le type d'attaques menées montre le mépris inquiétant de l'armée israélienne pour la vie des civils libanais... " (1) Il est vrai, le bilan des pertes dans les deux camps n'est guère favorable à Israël. Quand les attaques du Hezbollah auront fait environ 150 morts, dont plus de 110 soldats, Israël aura tué 1200 Libanais, pour la plupart des civils. En d'autres termes, un mouvement déclaré terroriste par Israël, le Hezbollah, aura proportionnellement tué beaucoup moins de civils que l'État juif. Ceci sans parler du quart de la population libanaise chassé de ses maisons et des 5 milliards d'euros de destructions causées par les bombardements israéliens. Pour réduire l'impact de telles évidences de l'insensibilité d'Israël au sort des civils de son voisin, il fallait l'arme de la propagande. C'est pourquoi les inconditionnels de l'État juif on répandu l'idée qu'Israël, bombardant le Liban, répondait aux tirs de roquettes du Hezbollah contre son territoire. En réalité, les tirs du Hezbollah sont intervenus en réplique à ceux de Tsahal, à partir du 12 juillet au soir. Encore le pire a-t-il été évité. Tant que les États-Unis croyaient possible l'élimination du Hezbollah par Israël, ils ont opposé des refus aux propositions françaises d'un cessez-le-feu. Mais, voyant l'armée juive s'embourber, Washington a craint d'être obligé d'intervenir directement. La guerre se prolongeant, on risquait la destruction totale de villes comme Tyr, Naqoura ou Bint Jbeil, dans le Sud Liban, des milliers de morts supplémentaires et l'extension probable des affrontements aux territoires du Nord d'Israël avec des commandos du Hezbollah. A ce propos, on aura noté l'amertume des soldats israéliens dans les divers interviews publiés : ils regrettaient de n'avoir " pas fini le travail... " Une vision des choses qui donne froid dans le dos.
Les responsables du parti chiite ne se sont néanmoins pas laissés emporter par la griserie. A tout moment, ils sont restés maîtres de la situation. D'abord, ils ont gradué leurs attaques contre les agglomérations israéliennes, tirant des projectiles de portée croissante. Ensuite, ils ont évité de concentrer leurs forces, préférant opérer par petits groupes, attaquant par surprise et se repliant une fois le coup porté pour éviter des pertes. On sent là de la discipline, de la détermination et une parfaite connaissance des techniques de guérilla. Preuve supplémentaire du self contrôle de ses chefs, le Hezbollah a évalué la relativité de sa victoire. Il a accepté le cessez-le-feu, selon nous pour éviter l'usure de ses hommes au combat et l'épuisement de ses munitions dont le remplacement, venant de Syrie, était rendu difficile par les attaques israéliennes. Enfin, sorti de l'affrontement, le Hezbollah sans attendre offre 20 000 dollars aux familles dont le logement a été détruit. Cela prouve une fois de plus qu'il suit un programme préparé à l'avance et sait soigner sa popularité. Un terrain, ce dernier, sur lequel il a plusieurs longueurs d'avances sur ses adversaires (3) et sur les autorités libanaises.
Compte tenu du peu de moyens dont il disposait, il a agi au mieux. Malgré sa désapprobation, déclarée, de l'enlèvement des soldats israéliens par le Hezbollah, il a préservé, et même renforcé, la solidarité nationale face à l'agression d'Israël, y compris avec les chiites. Comme le dit le Patriarche Sfeir (4), chef de l'église maronite au Liban, " Israël est l'ennemi du Liban. Peut-être que son intention est de semer la zizanie pour prouver que les peuples de différentes religions ne peuvent pas vivre ensemble ! " Si c'est le cas, l'État hébreu aura manqué son coup. Le gouvernement a aussi eu la sagesse d'éviter d'engager ses troupes, trop peu nombreuses et dépourvues d'armes pour répondre à l'attaque de Tsahal. Agissant ainsi, pour l'avenir, il s'est assuré d'une carte maîtresse. Tout le monde le sait au Liban, l'armée a pour mission principale de décourager d'éventuelles tensions entre les groupes confessionnels. Elle est une assurance contre la guerre civile, dans un pays convalescent. En outre, elle n'avait ni les armes, ni les moyens de se mesurer avec les Israéliens. Répondant au feu de l'agresseur, elle aurait été détruite.
Certes, il a évité qu'un doute s'immisçât, dans l'esprit des musulmans, concernant la loyauté des chrétiens quand Israël attaque le Liban. L'unité nationale s'est vue ainsi renforcée et le pacte passé entre les chrétiens et Israël, pendant la guerre civile, renvoyé aux accessoires de l'Histoire. La raison affirmée de son association avec le Hezbollah, par contre, s'est avérée sans fondement : il se disait, collaborant avec le parti chiite, capable d'infléchir sa politique et d'éviter l'irréparable. Or, d'une part, Aoun n'a pas pu empêcher le Hezbollah de tendre une embuscade aux Israéliens et de capturer deux de leurs soldats. D'autre part, semble-t-il, il n'a même pas été tenu informé des projets de son allié. En d'autres termes, Aoun sert les plans du Hezbollah, lui donnant une légitimité nationale et lui permettant de sortir du ghetto communautaire. Mais écrasé par la stature de ses " amis, " il est réduit à l'impuissance politique.
Parions que, si l'État hébreu s'était trouvé pris sous pareil déluge de feu venant de ses voisins arabes, Washington aurait dépêché des troupes dans les trois jours. Quitte à les prélever sur ses forces positionnées en Irak. Nous l'avons déjà écrit, nous aurions trouvé équilibré un positionnement défensif des armes françaises sur le territoire libanais pour interdire les attaques aériennes et le blocus naval. Sachant qu'attaquant malgré tout, ils risquaient une guerre avec la France, nous en sommes sûrs, les Israéliens auraient mis un terme à leur agression (5). Néanmoins, nous devons rendre à l'autorité française les honneurs qui lui reviennent. Elle a été la première, parmi les puissances, à comprendre l'attaque israélienne la plus mauvaise des méthodes pour désarmer le Hezbollah. La première aussi à déclarer le Liban soumis à la volonté de destruction d'Israël. Enfin, sur le front diplomatique, la France a pris la tête de la défense du Liban, bientôt rejointe par les pays arabes. On l'a vu batailler contre le " veto américain, " sauver seulement des bribes de principes mais ne pas s'incliner complètement.
On sait, l'attaque d'Israël contre le Liban a pris prétexte de la capture de deux soldats par le Hezbollah. Le 18 juillet, dans une interview accordée à la BBC, le gouvernement israélien insistait pour refuser toute négociation imposée " par le chantage " (6). Aujourd'hui, on entend parler de tractations en cours. Autrement dit, on aurait pu en arriver là sans une guerre. Une guerre qui, en outre, a mis la vie des deux prisonniers en péril et n'offrait aucun espoir de les récupérer par la force. On comprend l'inquiétude des familles des deux soldats israéliens face à un pareil cynisme.
Il faut des mesures urgentes pour stabiliser le Liban et le protéger des actions émanant de l'étranger. Dans ce cadre, il nous semble prioritaire de :
(1) Voir le communiqué
en français de " Human Rights Watch "
dans l'article " Crimes
de guerre israéliens. " |
La France est pressée par tous de dépêcher des troupes pour constituer la principale composante d'une force internationale prenant position au Sud Liban. Les autorités françaises, pour s'investir dans cette mission, exigent une demande émanant des belligérants et des consignes claires des Nations unies. Elles ont raison. Autrement, nos troupes seraient prises entre deux feux. L'opération militaire israélienne du 19 août contre Baalbek, en plein cessez-le-feu, justifie la prudence. L'on pourrait même craindre une vague de terrorisme lancée contre notre territoire. Ainsi, nous marcherions sur un piège dans lequel Washington aimerait nous voir tomber. Lutter contre le terrorisme, ce n'est pas le provoquer ! Le choix actuel, consistant à envoyer une unité de démineurs permet de tâter le terrain en effectuant une mission à caractère non agressif et utile au Liban. Nous approuvons.
ONT-ILS UN PLAN D'ANNEXION DU LIBAN ? Les sionistes fonctionnent comme les membres des sectes. Ils ont leurs lieux de rencontre et leurs réunions au cours desquelles ils s'imprègnent des slogans définis par leurs maîtres à penser. C'est pourquoi leurs arguments sont toujours les mêmes. Il faut, pour connaître le fond
de la pensée des sionistes, les provoquer. Dans la colère,
certains vous révèlent alors des choses terribles.
L'une d'entre eux, M.F., pour justifier la conduite d'Israël,
m'a dit un jour : " Le Liban n'existe pas. C'est une
construction de la France... Un jour nous le partagerons avec
la Syrie... " C'était il y a trois ans. Alain Chevalérias * "Valeurs Actuelles" du 28 juillet 2006.
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