Que veut Israël en Syrie ?

février 2015

On n'entend guère l'autorité israélienne s'exprimer sur le conflit syrien. L'État hébreu ne peut pourtant pas se désintéresser de l'avenir d'un pays qui jouxte ses frontières. Nous en sommes réduits à analyser et écouter les relais habituels d'Israël.

C'est évident, le pire serait pour les Israéliens de voir s'installer un régime islamiste radical comme Daech à Damas. Mais est-ce plus souhaitable pour eux que les démocrates l'emportent sur le clan de Bachar Al-Assad ?

Les signaux captés ici ou là ne semblent pas donner une réponse positive. Ainsi, Pierre Lellouche, que ce ne sera en rien insulter en disant qu'il défend toujours la ligne politique officielle de l'État d'Israël a dit : " Il faut désormais reparler au régime de Bachar Al-Assad " (1).

Puis il y a ces petites phrases subliminales que savent si bien distiller les communicants d'Israël. Nous lisions récemment dans un média juif : " À Kobané (2), Daech était commandé par des Palestiniens "(1). Une manière d'associer dans les esprits la lutte des Kurdes contre Daech au conflit israélo-palestinien puisque, comprend par ces mots, Israéliens et Kurdes auraient le même ennemi.

La proximité entre Kurdes et Israël se voit du reste ouvertement reconnue. On lit : " Le Kurdistan autonome (en Irak) entretient des relations discrètes avec Israël, qui lui apporte soutien et savoir-faire sécuritaire ". La raison de cette relation ? " Les Kurdes ont pris Kirkouk (en Irak), mettant ainsi la main sur de précieuses ressources pétrolières. Et Israël est apparu comme un client de choix, même si les Kurdes refusent de reconnaître publiquement qu'ils lui fournissent du pétrole " (3). Nous avions évoqué les ambitions israéliennes au Kurdistan irakien il y a dix ans déjà (4).

Mais l'affaire ne s'arrête pas là. Occultant la prise d'intérêts d'Israël chez les Kurdes, une opération de séduction de l'opinion publique occidentale en leur faveur a commencé.

Dans le " Figaro-Magazine " du 6 février 2015, publication désormais dévolue à ce genre de message lancé de Jérusalem, on pouvait lire un reportage de 11 pages rédigé dans le plus pur style héroïco-manichéen. A la fin, la consigne de base : " Peut-être finirons-nous par les aider comme il se doit ", insistait l'auteur en parlant des Kurdes. À nos frais et pour le plus grand intérêt d'Israël bien sûr. Qu'il soit dit, si la France décidait de soutenir les Kurdes, ce qui peut être une bonne stratégie contre Daech, mais ce serait folie de le faire au profit de l'expansionnisme économique et politique d'Israël.

À travers ces quelques lignes se devine la politique de l'État hébreu.

D'un côté Israël travaille à l'émergence d'un État kurde qui s'étendrait au moins sur l'Irak et la Syrie.

De l'autre, il souhaite la pérennisation du régime des Assad. Régime avec lequel il a toujours su louvoyer, celui-ci allant jusqu'à s'accommoder, de fait, de la perte du Golan, tombé aux mains de Tsahal en 1967. Or, les rebelles de la faction démocrate pourraient ne pas être prêts aux mêmes concessions. Le clan des Assad en revanche acceptera sans doute la perte définitive du Golan s'il peut rester au pouvoir à Damas.

En clair, c'est un sale coup qu'Israël s'apprête à faire sur le dos des peuples de la région. Une reconfiguration des frontières en opposant un peu plus les communautés les unes contre les autres.

Notes

(1) Lu dans " Actualité Juive " du 5 février 2015.
(2) Kobané est la ville syrienne reprise par les Kurdes à Daech à la frontière turque.
(3) Lu dans " Actualité Juive " du 24 décembre 2014.
(4) Voir l'article " Visées israéliennes sur le Kurdistan " publié en mai 2004.

Centre de Recherches sur le terrorisme depuis le 11 septembre 2001
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